Bobby Digital – Digi Snacks (Koch Records)
S’il y a un peu plus de dix ans de ça, chaque galette estampillée « W» était attendue puis révérée comme le messie, les dernières sorties du collectif n’ont fait que jeter un méchant froid sur l’aura jadis invincible du Wu-Tang Clan.
Robert Diggs aka RZA aka Bobby Digital n’en démord pas pour autant et après l’escroquerie « 8 Diagrams» qui a poussé un Wu agonisant une bonne fois pour toutes dans la tombe, il revient à la charge avec le troisième chapitre des aventures de son alias fétiche et décalé Bobby Digital.
Les deux premiers albums de ce dernier n’avaient pas laissés un souvenir impérissable, idem pour « Birth Of Prince» son dernier effort solo en date sorti simplement sous le nom de RZA. Grosse appréhension donc avec ce petit nouveau, même si on espère toujours retrouver un peu du panache « back in the days» .
« Digi Snacks» : RZA démarre la distribution de ces douceurs digitales, jusque là tout va bien. Intro de rigueur qui reprend le rire gras du père Bobby. Good.
« Long Time Coming» : Un hook chanté qui tourne au boucle sur fond de cloches mortuaires. RZA s’élance, toujours charismatique au micro, appuyé par des claviers mesurés et entêtants. Un morceau écoutable, même si le refrain et sa mélodie gentillette finit par taper sur les nerfs.
« You Can’t Stop Now» : RZA nous ressort un vieux sample de Soul archi cramé déja entendu mille fois sur un beat fadasse au possible. Juste un mauvais titre sur lequel on ne s’attarde pas…
« Straight Up The Block» : Certainement un des plus mauvais morceaux que l’artiste ait jamais sorti. La faute à une prod signée David Banner… Un son façon Dirty South imbuvable aux lyrics « party time» inconsistants. Le genre de truc qu’on aime bien à la limite entendre chez Mike Jones mais qui n’a rien à faire ici…
« Booby Trap» : Handclaps, charlet rapide, teneur plus sombre, RZA redresse un peu la barre. Pas de quoi non plus s’extasier: l’ambiance minimaliste du morceau finit par lasser, d’autant que le refrain est tout simplement insupportable.
« Try Ya Ya Ya» : Je met au défi quiconque de trouver une qualité à ce morceau. Même le flow de RZA est ennuyeux sur cette instru weird au possible. A se demander où il veut en venir…
« Good Night» : Un beat un peu plus lourd, gémissements suaves, le moment cul de l’album porté par une peudo Erykah Badu aux accents lubriques. Encore une fois, si les couplets sont passables, le reste s’englue dans une guimauve moite.
« No Regrets» : Finalement « Straight Up The Block» n’est pas le pire morceau de RZA, il s’agit bien de ce « No Regrets» sur lequel je ne perdrais pas plus de temps. Même la pire des instrus de Kool Keith est plus virtuose, sans oublier les synthés dreamy en fond. Une horreur absolue.
« Money Don’t Own Me» : Retour aux vibes Soul avec cette instru efficace, très laid back: décidément RZA à rangé au placard l’artillerie lourde. La philosophie du MC/Producteur s’expose, so what? A ce stade, il est difficile de ne pas avoir encore appuyer la touche « eject» du lecteur. Ce morceau, peut-être un des meilleurs de l’album, est comparable au pire du Wu-Tang.
« Creep» : On s’enfonce encore un peu plus avec « Creep» . L’instru est plutôt classe, angoissante ce qu’il faut, posée par de bonnes basses. RZA avait fumé un peu moins de weed que d’habitude ce jour là avant de poser son texte, malheureusement le track trimbale comme un boulet un refrain lourdingue au possible. Ça devient une sale habitude.
« Drama» : Cinq minutes de drame intense qui mettront vos nerfs à rude épreuve. Bontempi style.
« Up Again» : Une jolie boucle « happy life» pour un énième titre anecdotique quand même notable pour son carnage vocal en fin de morceau. Incompréhensible: comment RZA a t-il pu enregistrer et laisser sortir un truc pareil? Du niveau d’une pub pour des petits suisses avec des enfants qui font la ronde.
« Put Your Guns Down» : Le MC nous fait le coup du flow pleureur avec cette ghetto story qui à le mérite de nous tirer un peu de notre torpeur avec un beat plus soutenu. Mais comme vous le savez déja, aucun refrain de cet album n’est potable et, encore une fois, Bobby sabote son propre travail avec des chorus indignes d’une démo de Bone-Thugs & Harmony.
« Love Is Digi (Part II)» : Avec son instru en apesanteur, RZA nous offre une bonne séquelle à ce classique de sa discographie. Difficile quand même de ne pas considérer la chose anecdotique en moins de trois minutes de son… Ce titre aurait mérité plus de travail et on passe à côté de quelque chose. Dommage.
« O Day» : Bobby Digital achève sa plantade en beauté avec cet indigeste « O Day» irritant au possible qui s’achève en feu d’artifice Soul avec un RZA déchaîné prodiguant bons conseils et voeux de bonheur à la galaxie entière. Marrant mais c’est tout.
Bonus Track: Idéal pour onduler en chemise hawaïenne sous la chaleur estivale, encore que RZA est définitivement trop obscur pour attiser les foules. A qui s’adresse ce son alors? Mystère.
Loin de m’attendre à un miracle, je ne soupçonnais pas un tel ratage intégral. Voici sans nul doute un album que je n’écouterai jamais à l’exception de me rappeler à quel point les plus grands artistes ne sont pas à l’abris de la médiocrité. Extravaguant, barré, excentrique, Bobby et son masque de Zorro ennuie plus qu’il m’amuse, quand ce n’est pas pour laisser totalement perplexe (ceci englobe également la pochette d’un mauvais goût absolu). Ok, cet alias à toujours présenté des sons différents du Wu-Tang, plus sages, dansants et polis, mais quand-même: on était toujours à égale distance du chef d’oeuvre et de la catastrophe. Pour cette fois, RZA à dangereusement oscillé d’un côté. Vous aurez compris lequel.
Si RZA et le Wu-Tang a sorti les meilleurs albums Hip-Hop des années 90’s, il est aujourd’hui temps de tourner la page. Le verdict est sans appel.
2/10
Simon
BONUS
Pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’empereur Wu-Tang, voici une sélection discographique issue de l’âge d’or du groupe. Wu-Tang essentials.
Wu-Tang Clan
1993 – Enter The Wu-Tang
1997 – Wu-Tang Forever
1999 – Wu Chronicles, Part 1
2001 – Wu Chronicles, Part 2
GZA
1995 – Liquid Swords
GHOSTFACE KILLAH
1996 – Iron Man
2000 – Supreme Clientele
RAEKWON
1995 – Only Built For Cuban Lynx
METHOD MAN
1994 – Tical
OL’ DIRTY BASTARD
1995 – Return To The 36 Chambers
1999 – Nigga Please
WU AFFILIATES
1994 – Gravediggaz – 6 Feet Deep
1996 – Shyheim – The Lost Generation
1997 – Killarmy – Silent Weapons For Quiet Wars
1998 – Killarmy – Dirty Weaponry
2000 – Ghostdog: The Way Of The Samuraï – Soundtrack
WU-TANG CLAN
GZA
GHOST
THE CHEF
METH
OSIRIUS
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