Paris Noise Festival, La Maroquinerie, 18 mai 2008
Voici en fin le day-d, le jour de gloire, le moment tant attendu: en ce capricieux dimanche 18 mai 2008 nous avons rendez-vous avec la fine fleur du Rock moderne, celui qui grince et qui blaste, qui râle et qui latte, qui growl et qui spasme. Le tout mis à votre aimable disposition dans la capitale pour la modique somme de 25 euros (20 euros pour les préventes, qui dit mieux). Jugez plutôt: Today Is The Day, Jucifer, Nachtmystium, Genghis Tron mais aussi Complete Failure, Four Question Marks, Horse The Band, Yog, Fiend & Tanen. Rien que ça. Extraordinaire buddies, tout simplement du jamais vu de mémoire de geek coutumier des concerts sur Paris et sa périphérie. Un pur condensé Rock n’ Roll, du Stoner, au Grind, en passant par le Black et le Hardcore toutes catégories, par les experts du genre. Bref, on en avait déja parlé de ce rendez-vous à ne manquer sous aucun pretexte, les plus assidus s’en souviendront.
Au moment de rentrer dans la salle, on se dit pourtant qu’un paquet de gens l’ont raté ce fameux rendez-vous. Faible affluence pour une Maroquinerie pleine au 2/3, chose totalement incompréhensible au vu de l’affiche dantesque proposée. Fiend termine son set, j’ai donc raté Tanen et Yog. Fuck. Je crois reconnaître le bassiste de 13 Zealots avec eux, le batteur, lui aussi, m’est familier hmmm, voila qui est intéressant. Le peu que je vois du show est en tout cas de très bonne facture. Le groupe n’a pas inventé le Stoner mais ne s’en porte pas plus mal. Les guitares vrombissent, rampantes et sournoises, porté par un batteur survolté bien placé au classement “moi et mes mimiques de serial killer”. Bon feeling, bonne énergie. Bon premier contact. Certainement un truc que je checkerais sur disque. Cool.
Four Question Marks enchaîne presque dans la minute qui suit la fin du set de Fiend… Changement de backline éclair et le trio fait péter la foudre comme un Zeus des mauvais jours. Ce que je connais du groupe, c’est à dire rien ou tout au plus une écoute distraite du dernier album, prend ici toute son ampleur sur scène. Première chose: le vocaliste est monstrueux! Une voix posée, grave, articulée et hurlée en même temps, le singing idéal pour les strates métalliques que le groupe aligne, impassible. L’univers de Four Question Marks demande peut-être un peu de familiarité pour atténuer la monotonie qui peut parfois se faire ressentir à travers cette jungle dense de contre-temps et de rythmiques syncopées. Soit. Mais une putain de fougue quand même. Certainement pas le genre de Metal que j’écoute tous les jours mais un très bon lattage sur scène couplé d’une bonne présence. Petit bonus rigolo: c’était Jr. Rodriguez, le batteur de Inhatred/Sublime Cadaveric Decomposition, qui était aux lights, garant d’un massacre total derrière la console et donc sur scène!
Le fer encore chaud, Complete Failure vient fouler les cendres encore bouillantes laissées par Four Question Marks. Le bassiste n’a pas pu venir. Pas grave. On s’en fout, ça sert à rien la basse. Complete Failure c’est du blast et du couinement de truie, des textes qu’on devine cyniques à faire passer du Cioran pour du Rika Zaraï et c’est à peu près tout… Pas follement original et légèrement crispé (j’ai adoré quand le chanteur est arrivé sur scène pour donner un petit coup de lingette au mic, touchant), le trio sera pourtant ma bonne surprise de ma soirée, avec ma tête qui bouge sur les attaques D-Beat criardes et ma voix qui fait “yeah!” entre deux blitzkriegs Grindcore.
Le niveau monte d’un cran, la foule se compacte un peu avec l’arrivée imminente de Jucifer sur les planches. La belle rousse en talons peaufine les réglages de son matos, bien moins imposant qu’à l’accoutumée, pendant que son mari, Davy Crocket, installe son kit sur le devant de la scène. Autant vous le dire, je n’ai absolument rien compris au set de Jucifer. Entre ce que j’ai pu entendre sur album et ce dont j’allais être le témoin privilégié, il s’agissait presque de deux groupes différents: entrée Drone qui flirte ensuite avec le Grind, Punk Rock noisy qui part dans tous les sens, voix ultra criarde beaucoup trop forte et guitare trop basse. Du Heavy Stoner fuzzy et classe du duo je n’ai vu point trace ici. Non. Jucifer explose son côté wild, hurle, piétine et trépigne, ce qui donne des moments de joyeux bordel (le batteur qui perd une baguette et fini le morceau avec sa main gauche) plutôt cools mais légèrement trop traumatisants pour mes idées préconçues sur ce groupe. Victime de mes préjugés donc. J’aimerais revoir ce set la tête vide, ça passerait beaucoup mieux, là je me suis senti un peu trahi. Un peu comme quand un de vos plats préférés n’a pas le même goût que d’habitude.
Et vient le tour de Nachtmystium, tout en vestes en cuir à patchs, cheveux gras et bedaines. Le quart d’heure “trve” du festival est arrivé et je suis plus qu’impatient de les découvrir sur scène. Soundcheck rapide (”please more delay on the mic”, “more”, “more”, “more”, “more”, “more”, “ok thanks”). J’ai eu beau me faire dire à droite et à gauche que Nachtmystium c’était plus du BM mais ce que j’ai pu entendre ce soir là c’était rien d’autre que du bon gros Black Metal à tendance Thrash avec sa dose de glace réglementaire. Un set bourru et efficace qui rafraîchi l’ambiance du festival. Mine de rien, Nachtmystium faisait un peu tâche au milieu de cette nouvelle garde (à l’exception de Mr le Révérend bien sûr) du Metal, émissaires dinosaures d’un monde où Vans & hoodies n’existent pas, où Fenriz est un dieu plus fort que Mike Patton. Fiers représentants d’un Metal qui pue de la gueule et qui ne sera jamais (trop) à la mode.
La horde de Hell’s Angels laisse la place à leurs potes de tournée (incroyable mais vrai), les coqueluches de Genghis Tron qui met en place une config marque de fabrique qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui: les nouveaux hérauts d’une scène Metal fluo, qui écoute Justice et Dillinger Escape Plan, sort dans des clubs hype et danse sur TTC. Tout moi. L’installation lumière à base de néon fluo disposés à la verticale à la “Simon Says” est plutôt cool et pour leur date unique en France, le Genghis Tron ne fait pas semblant. Le public le leur rend bien. Mis à part le tout dernier morceau du set je suis resté carrément imperméable à la performance du groupe. Je préfère m’écouter un skeud de Grind d’abord et un BO de Carpenter ensuite, le mix des deux ça me gave. Mais le pire, ça ne regarde que moi on est bien d’accord, reste à venir avec Horse The Band que tout le monde connaissait et attendait de pied ferme. John Mc Enroe junior s’éclate sur son Korg, sons Atari d’époque, the Spazz is back baby. Enrobage Metal Core par dessus, chanteur-brailleur qui fait super bien la statue, un carnaval acide qui m’expédie au bar perplexe. Je ne reviendrais que pour Today Is The Day.
Avec le recul, ce set avait quelque chose de magique. Le son n’était pas super bon, le batteur (Mike de Complete Failure remplace donc Derek Roddy après qu’il ait réalisé, Ô Stupeur!, qu’il ne deviendrait jamais riche en jouant avec Today Is The Day) ne frappait pas assez fort et le set était un poil trop court, et alors? Steve Austin était là, impérial, sac de nerfs prêt à exploser à tout moment, mettant à l’honneur son dernier album, le fabuleux “Axis Of Eden” nous gratifiant même d’un superbe “If You Want Peace Prepare For War” dans son intégralité. Steve Austin alors seul sur scène, micro à la main, complétement possédé… Un grand moment. Qui s’achévera sans le moindre rappel au grand regret du public, peut-être peu nombreux mais totalement dévoué à l’homme qui valait trois milliards. Une belle leçon de HxC Noise barré qui sent le bouc et la poudre et qui a renvoyé aux oubliettes les performances de ses pairs.
Pas assez de monde d’accord… N’empêche, et même si au bout de sept heures les tympans saturent au détriment de ce qui se passe sur scène, ce festival était une initiative à soutenir à 200%. Avec du très bon, du bon et du moins bon, rien de (trop) médiocre pour autant et définitivement apte à franchir e cap pour une deuxième édition qu’on espère voir arriver sans faute l’année prochaine.
Simon
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