Interview Avec Gwardeath De Déja Mort

Depuis “Hanger” d’Unlogistic aucun album de Punk français ne m’avait fait cet effet là…
Est-ce l’imagerie croix de fer du groupe? La syncope rythmique façon Métal Urbain? Le casus belli qui suinte de chaque texte? Ou tout simplement l’affriolante barbe du chanteur? Peut-être un peu de tout ça à la fois… Mais quelque chose me dit que Déja Mort est bien plus que ces premières et fugaces sensations et j’attend avec impatience la suite de leur parcours discographique. En attendant jetez une oreille à leur impérial premier album “Tête De Mort” et prenez le temps de lire les réponses de Gwardeath, insolent frontman cagoulé de cette formation Bordelaise, à nos humbles questions.

emofag: Bonjour Gwardeath et désolé pour mon retard, comment ça va?

Gwardeath: Ça va bien, merci.

e: Histoire de dissiper tout malentendu: Déja Mort est bel et bien un groupe à prendre au premier degré, tu confirmes?

G: Comme dirait le chanteur d’Adam Kesher, l’époque est hyper post-moderne, en tout cas pour tout ce qui est de notre rapport aux groupes de Rock. Est-ce qu’aller voir une grosse production de Heavy Metal avec des monstres en plastique de douze mètres de haut c’est du premier ou du deuxième degré? Disons que je considère le groupe comme un hobby. Avec les potes, on fait ça comme on irait à la pêche. Mais on ne pêche pas. Alors on fait le groupe. On passe de bon moments.

e: Tiens, j’étais au concert de Down hier au Bataclan et c’était vraiment bien… C’est un groupe que tu apprécies?

G: Je ne connais pas ce groupe. J’ai écouté quelques titres sur des samplers de canards de Metal mais j’ai oublié comment ça sonne. J’ai juste vu un gros mec barbu avec un tee shirt de Down taille XXXL, hier soir, dans le métro à Stockholm. Et ce matin j’avais un message d’une copine qui devait être au même concert que toi et qui m’a dit que c’était monstrueux. Comme c’est une super meuf, je veux bien la croire. Elle est vraiment d’enfer, tu peux me croire.

e: Tu es plus du genre à te faire flinguer sur scène ou à flinguer un mec sur scène?

G: Flinguer un mec, mais par accident. “C’était un accident, je le jure !!!”, ah ah.

e: Peux-tu nous parler un peu de Déja Mort, de sa genèse, des membres du groupe et du premier album “Tête De Mort”?

G: On a formé Déjà Mort avec mon pote Monsieur l’Ours, dans une optique Punk Rock français à l’ancienne. Qualité terroir. Si on avait eu un vrai batteur on aurait fait un groupe de Hardcore à la Minor Threat/Circle Jerks, le genre de came dont on est vraiment friands. Finalement on a décidé de faire un truc à la Métal Urbain. On a intégré le Général Dima et et le Docteur Bardou-Jacquet, deux membres du groupe Aeroflot, à la basse et au synthé, pour être plus dansants. On a d’abord fait un split single avec le groupe de grind Tekken, ce que je considère comme nos véritables débuts dans le bizness du rock’n'roll. Et ensuite le CD “Tête de Mort”, enregistré aux studios Amanita, comme la bande originale du film Persepolis.

e: Peux-tu nous dire comment s’est établie la connexion avec Tekken?

G: On connaissait déjà les gaziers, mais on a décidé de faire ce split single après avoir joué ensemble à Toulouse dans une ancienne maison close squattée par des punks. On s’est tous retrouvés à rouler des pelles à la même meuf bourrée si j’arrive à mettre de l’ordre dans mes souvenirs.

e: Que nous réserve ce split du côté de Déja Mort?

G: On a remis deux des titres sur le CD : “Audodéfense” et “Tsunami Mon Ami”. L’autre morceau, “Brûle Tekken Brûle”, a été écrit spécialement pour Tekken. Ça parle de la haine qui existe à leur égard au sein de la scène Hardcore française. Ah, c’est de vieilles histoires à présent. Seuls les anciens s’en souviennent encore et en parlent, le visage grave, à la veillée.

e: Où se le procurer?

G: Il n’en reste plus beaucoup. Envoyez-moi un e-mail, je vous tiendrai au jus. Il en reste dans quelques boutiques, comme Total Heaven à Bordeaux, Vicious Circle à Toulouse ou Born Bad à Paris. Des disquaires avec du matos dans le slip, tu vois le genre, des démonte-pneu, pas des épluche-légume.

e: Quel à été l’accueil réservé à l’album jusque là?

G: A notre surprise, le disque a vraiment été bien accueilli. Le seul souci, c’est que personne parmi nous n’a vraiment le temps de s’occuper de quelque chose qui ressemblerait à de la promo ou de la distribution. On reste donc très underground! Notre street credibility est au maximum, mec, au putain de maximum.

e: Déja Mort, artistes maudits ou fers de lance d’une nouvelle génération?

G: Juste de simples artisans au carnet de commande rempli au jour le jour.

e: Vous en êtes où niveau concerts?

G: On n’en fait pas beaucoup, car nous avons de trop gros soucis d’emplois du temps: travail, famille, patrie, tout cela nous occupe au-delà du raisonnable. On fait juste un ou deux concerts à droite à gauche. J e pense qu’on fera une vraie tournée, ou une série de dates, mais pas avant d’avoir sorti notre nouveau single puis un nouveau CD.

e: Vous qui êtes réputés pour niquer l’ambiance tu as sûrement quelques anecdotes “live” à nous faire partager…

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G: On est vachement plus sages, maintenant. Le bilan de nos premiers concerts a été plutôt sévère. On s’est même foutus sur la gueule avec notre ancien bassiste. Et je me suis cassé une dent avec le micro lors d’un concert dans une galerie d’art. J’ai vraiment morflé. Donc le délire “Orange Mécanique”, on laisse ça à nos amis skinheads. Maintenant on se la joue pépère. On sirote des canons tranquillou dans les loges, on devise du sens de la vie, on échange nos points de vue conspirationnistes sur la fin du IIIeme Reich, on parle fringues. A la fin, on drague un peu, qui les meufs, qui les mecs, selon nos différentes orientations sexuelles.

e: Vous avez, je crois, déja partagé l’affiche avec les Guerilla Poubelle… Plutôt étrange comme association vu les univers différents que propose chaque groupe…

G: Mouais, on s’entend bien avec eux. Perso, je les trouve vraiment intègres, presque trop. A leur âge, je n’aurais pas résisté si facilement aux sirènes du pognon et des plans meufs faciles. C’est des bons gaziers. Quand je vois des mecs pareils, c’est bien simple: je suis fier d’être Français.

e: Es-tu d’accord pour dire que Déja Mort ressuscite l’image de barbare des temps modernes qui fait cruellement défaut dans la musique Punk actuelle?

G: Ah non, ça ce serait plutôt à trouver du côté des groupes de Metal brutal ou d’Indus. Nous on est des nerds, on tripe sur des émulateurs, des logiciels, des micros de guitare, des sons de beat box… On est juste une bande d’animateurs multimédia avec des cagoules et des fantasmes inavouables, si ce n’est aux heures tardives, entre adultes consentants.

e: Quelles sont vos principales influences dans le groupe?

G: Musicalement, ce serait Métal Urbain, Bérurier Noir, les Trotskids, Reich Orgasm, Taxi Girl, Devo, The Stranglers, les Ramones, les Dickies et des trucs plus récents comme The Briefs ou Henry Fiat’s Open Sore.

e: Le titre “Tête De Mort” semble être truffé de références… Tu peux nous éclairer un peu là-dessus?

G: C’est une chanson sur les engagés volontaires dans la Waffen SS. Genre Division Charlemagne ou Sturmbrigade SS Frankreich. Des mecs complètement perdus dans le vent de l’histoire. Des aventuriers au destin navrant. La chanson fait aussi un peu référence au film “Croix De Fer”, de Sam Peckinpah. Et il y a même une réplique du péplum Gladiator. C’est notre petit film d’action à nous. Djamel Debbouze a “Indigènes”, nous on a “Tête de Mort”.

e: Tu savais que “Déja Mort” c’était le nom d’un film d’Olivier Dahan?

G: Oui, mais le nom de notre groupe ne vient pas de là. Monsieur l’Ours a vu ce film, qu’il a trouvé fatigant si je me souviens bien. Moi j’ai vu le début, ça ma soûlé et j’ai laissé tomber. Les crises d’angoisse de la jeunesse dorée ne m’éveuvent guère. Qu’ils crèvent, s’ils ont tant le mal de vivre que ça. Vae victis.

e: Déja Mort est-il au Punk ce que le Roi Heenok est au Hip-Hop?

G: Oh, quand même. Respect pour le Roi Heenok, mais on est quand même dans un circuit bien différent.

e: Qui est cette personne qui s’est perdu dans la baignoire au recto de l’album?

G: C’est notre ancien bassiste, un vrai héros post-moderne. J’ai pris la photo chez lui, dans sa salle de bain porno chic. Aucun maquillage, aucun trucage. Juste beaucoup de stress et un peu de drogue.

e: Comment ça se passe quand Déja Mort est dans son local de répet? D’abord un riff puis un texte ou l’inverse?

G: On ne compose pas vraiment en local de répétition. A ce jour, je fais les morceaux dans ma chambre d’ado attardé. Tout cela est maquetté sur ordinateur, avec les lignes de guitare, une piste de rythme sommaire, le chant lead et une piste de choeurs. Puis j’envoie ça en MP3 par e-mail aux collègues. Certains morceaux giclent comme des merdes. En général, ce sont les chansons d’amour qui dégagent. C’est con, j’adore ce thème. Il ne reste que les chansons de haine, par la faute des autres. Une fois les morceaux choisis et les modifs éventuelles effectuées, chacun bosse ses parties et on se retrouve à la répet pour attaquer directement le répertoire. Comme ça, ça ne traîne pas en longueur et ça nous laisse plus de temps pour aller au pub (le Blarney Stone, cours Victor Hugo). Un vrai travail d’équipe, comme les gars sur les plateformes de forage off shore.

e: Consommez-vous de l’alcool lors de la confection des morceaux et/ou l’écriture des textes?

G: Non. Du café équitable.

e: Combien de temps vous a pris la compo de l’album?

G: Honnêtement, ça va vite. Comme je le disais, c’est juste un hobby. Une toute petite partie de nos vies.

e: “Tsunami Mon Ami” est réellement un tube en puissance et sans aucun doute un très grand titre… Est-ce que l’inspiration t’es venu en voyageant là-bas?

G: Non, je ne suis jamais allé au pays des tsunamis.

e: On dénote un léger acharnement lyrical sur la jeunesse à frange Electro Rock qui se trémousse sur le dancefloor… Donc j’en déduis que tu ne mets pas de pantalon slim?

G: Non, je suis très 90’s. Des treillis, de sweat-shirts à capuche. Au lieu de travailler leurs franges et leurs looks, les jeunes feraient mieux de lire des biographies de grands hommes, apprendre des langues étrangères ou pratiquer les arts martiaux.

e: Pourtant Déja Mort ça cartonne sur un dancefloor non?

G: On va sortir quelques remix spécialement retravaillés pour la danse.

e: Tu te rappelles ta dernière soirée en boîte?

G: En club, oui. En boîte, honnêtement, c’était une boîte échangiste rive droite, qui s’appelle La Chaloupe. Mais c’était pas si terrible que ça. Les boîtes conventionnelles, je m’en fous et je n’y mets jamais les pieds. Je drague les meufs à la bibliothèque, elle sont plus sexy.

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e: Possèdes-tu des armes à feu?

G: Non. J’ai juste une batte de base-ball et un nunchaku dans mon hall d’entrée, au cas où.

e: Ce n’est un secret pour personne, tu t’occupes aussi de “Turbojugend” Bordeaux, le fan-club local de Turbonegro… Comment se porte Aeromort?

G: Aeromort est une sorte de blague, réunissant des membres de Déjà Mort et d’Aeroflot, juste histoire de reprendre quelques morceaux de Turbonegro. On a juste joué deux fois à Bordeaux, à l’Heretic Club, pour les soirées de la “Turbojugend” locale. Et je dois avouer que c’était bien fendard. La dernière fois j’avais l’impression d’être sur un nuage, bien assaisonné par mes camarades dans les loges. Au moment de chanter le premier couplet de “The Age Of Pamparius” je me sentais vraiment bien. Je me disais “waow ça assure” dans ma petite tête jusqu’à ce que je m’aperçoive que le câble XLR de mon micro était débranché depuis le début.

e: Tu as déja rencontré les Turbonegro? Si oui, était-ce une immense orgie où sexe et bière coulaient à flots?

G: Je les ai vu en concert sept ou huit fois. Et j’ai juste interviewé Euroboy en décembre dernier, mais dans une ambiance très posée, très cosy. Désolé de doucher ainsi tes fantasmes orgiaques.

e: Toi qui bosses également pour une salle de concert, qui écrit pour plusieurs fanzines/magazines, quel est ton constat sur une scène alternative que tu suis de près depuis des années?

G: La loi de l’offre et de la demande, mec. C’est ça que j’ai constaté. Une offre grandissante, un public qui n’arrive plus à suivre. Le seul truc que je regrette vraiment, c’est la fin de la culture des supports en papier: fanzines, graphzines. Tu verrais chez moi, c’est les archives nationales.

e: Tu as aussi ton propre label Trahison records… Quoi de neuf de ce côté là?

G: Avec un peu plus de temps libre, j’adorerais pouvoir développer un peu le label. A ce jour, j’assure l’intendance et je ne prévois rien d’autre que la sortie des disques de Déjà Mort, vinyl et CD.

e: Parle nous de tes premiers émois musicaux… Quels sont les groupes qui t’ont fait plonger dans la musique?

G: AC/DC, Iron Maiden, les Sex Pistols et les Ramones. Pour le Punk français, les Rats, Bérurier Noir et OTH.

e: Sont-ce les mêmes que tu écoutes aujourd’hui?

G: Oui, plus un paquet d’autres. J’ai maté ce week-end le DVD d’Iron Maiden qui raconte les dessous de leur tournée “Powerslave” dans les années 80 et j’ai trouvé ça hallucinant. Spinal Tap est encore en-deçà de la réalité.

e: Quel est le dernier groupe à t’avoir mis une bonne claquasse (excepté Turbonegro)?

G: J’ai bien kiffé le duo de Caen Karysun. La dernière vraie claque live, ça a été Entombed que j’avais déjà pourtant vu plusieurs fois.

e: Que trouve t’on dans ton I-Pod?

G: Des podcasts d’émission d’histoire et quasiment tout Megadeth.

e: Toi qui est fan de Metal, tu n’as jamais joué dans un groupe de Metal non?

G: Non, uniquement du mauvais Punk Rock.

e: Ton patronyme c’est un hommage à Gwar et à Death?

G: Exactement. Bravo.

e: Quel est le futur proche de “Déja Mort”?

G: On est en train de préparer un nouveau single, qui devrait s’intituler “Injustice Pour Tous”.

e: Qu’est-ce que tu aimerais comme épitaphe sur ta tombe?

G: “Nous sommes morts, âme ne nous harie.”

Gwardeath

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