Brutal Truth + Sublime Cadaveric Decomposition + Blockheads, La Locomotive, 12 Février 2008
“We’re Brutal Truth.”, tels furent les premiers mots, sobres, lâchés par Kevin Sharp en déboulant sur scène, affichant une large bedaine, une barbe grisonnante et un chapeau de cow-boy élimé. La dégaine parfaite du redneck qui dessoude les alligators au canon scié, tranquille depuis son porche une Bud à la main. Mais l’allure débonnaire du bonhomme et de ses associés est trompeuse et leur arrivée sur scène “comme si de rien”, c’est le calme avant la tempête Grind qui va faire trembler les murs une bonne heure et demie durant. Si le son de la salle n’est pas à l’avantage des new-yorkais, leur performance est à couper le souffle. Kevin Sharp d’abord qui s’envoie des grands coups de mic dans la gueule, hurle comme un phacochère qu’on écartèle au fil barbelé dans un bain d’acide. Il a beau être gras comme une oie le bougre, ce n’est pas ça qui l’empêche de garder une forme vocale olympique tout au long du set avec des grunts qui dépassent les 15 secondes tranquille. Dan Lilker ensuite, une putain de légende vivante, bassiste sur le premier Anthrax, pilier des thrashers cultes Nuclear Assault, compagnon d’arme de Billie Milano avec Stormtroopers Of Death et, faits moins connus, bassiste de The Ravenous dans lequel on retrouve Killjoy de Necrophagia et du groupe de Black Metal Hemlock. Bref, un CV long comme le bras, et non exhaustif, qui fait de lui, au moins à mes yeux, une icône de la scène Metal. Voir ce grand dégingandé secouer sa tignasse et faire courir ses grands doigts griffus sur sa basse, tout en assurant les back svp, moi ça me donne la banane pour 15 jours. A la guitare, Jody Roberts à la lourde tache de remplacer Brent “Gurn” Mc Carty seul member de la formation originale à ne pas avoir rempiler pour la bonne cause. Plus effacé et moins charismatique que ses potes, le guitariste s’acquitte avec brio de sa tache et s’en sort la tête haute. Pas un pain, pas une corde pétée (d’ailleurs j’ai jamais compris pourquoi ces mecs là ne pètent jamais de corde putain, quand on fait du Punk Rock à trois accords on casse toutes les cordes et là: niet), attitude posée, la classe. Pour finir, le phénomène, l’homme poulpe (ou le poulpe-garou créature bien connue de la planète Metal), le moine Shaolin des fûts: Rich Hoak. Imaginez un Jazz man qui martèle avec quatre bras et vous aurez une image nette du truc. Si la plupart des batteurs Grind blastent et puis s’en vont, le père Richie ajoute une démesure aérienne à son jeu impressionnante. Le pire c’est qu’il semble faire ça sans effort, prêt à enchainer un deuxième set l’air de rien après avoir couru le marathon de New-York des enclumes dans les poches. De la haute voltige.
“Sounds Of The Animal Kingdom” est à l’honneur, mais aussi le tube “Walking Corpse” et d’autres brûlots, dont un track du prochain album, que ma connaissance limitée de la disco de Brutal Truth m’ont empêché de reconnaitre. Une heure et demi de show sans temps morts, le groupe fera un break de 10 secondes au bout du cinquième morceau, qui vous transforme en écorché vif rampant sur du verre pilé. Les maitres du Grind ont prouvés ce soir qu’ils étaient toujours en grande forme, avec une putain d’attitude et de la gniaque à revendre à la tonne. Une mention spéciale à Kevin Sharp qui à du endurer une flopée de slammers pitoyables, façon “Salut c’est moi je suis sur scène, tiens je vais faire un peu de air-guitar pour impressionner les meufs” avant de sombrer dans la fosse dans un plongeon ridicule, et un jet de cannette de bière reçu en pleine gueule. Grand prince, le vocaliste n’a pas bronché, tout le monde n’est pas Phil Anselmo. Avant de s’éclipser le groupe terminera par deux morceaux du prochain album, encore sans lignes de chant, Kevin Sharp restera sur le côté de la scène en vidant une énième cannette de bière.
Certainement un des plus beaux concerts que j’ai vu dernièrement, une terrible leçon de musique extrême et un plaisir d’être sur scène sans faux gimmicks trop rares pour ne pas être mentionner. Le groupe quitte la scène, Kevin Sharp rejoint directement le public, accolades, bière, accolades, et trace tout sourire jusqu’au merchandising, commentant à chaud leur performance un sourire jusqu’aux oreilles. Yeah buddy.
Avant eux, c’était les français de Sublime Cadaveric Decomposition que tous les amateurs de Grind connaissent bien et qui compte dans ses rangs le batteur et le bassiste d’Inhatred. Pour compléter une session rythmique en béton, un chanteur à la voix plus putride encore que la vermine d’un charnier et deux guitaristes dont l’un, Stratocaster vissée au torse, est la réincarnation de Johnny Ramone. Bref là aussi, ça bastonne sec et sans temps morts, le groupe a son public et SCD chauffe à blanc la salle, bien remplie, avant l’arrivée des ténors. Si le son est encore une fois trop brouillon, surtout pour les grattes, le batteur tire son épingle de jeu avec une précision chirurgicale à tomber par terre. La nouvelle orientation du combo s’annonce plus catchy qu’ avant ce qui est loin de me déplaire avec ce petit Core crochet du droit qui rétame bien la gueule. Une très bonne performance de la formation parisienne qui prouve une fois de plus que la France a quand-même un putain de cheptel de bons groupes de Metal extrême.
Blockheads ouvre la soirée avec un long premier morceau plus Doom tu meurs, véritablement excellent! Dommage que la suite ne sera pas à la hauteur, les guitares noyées dans le mix et une caisse claire moissonneuse-batteuse qui blaste jusqu’ à saturation me font vite décrocher. Un Grind old-school académique qui grunt et qui défouraille à toute berzingue sans décrocher la timbale. A voir dans une petite salle pour mieux apprécier la saveur de ces vétérans qui savent quand-même de quoi ils parlent.
Claque magistrale avec Brutal Truth, très bonne surprise avec SDC et légère déception avec Blockheads, ce concert reste tout de même un excellent starter en ce début d’année. L’occasion de voir enfin sur scène un groupe d’anthologie qui a donné ses lettres de noblesse à un style qui remplit aujourd’hui les salles. Mec, leur ingé-son avait au moins cinquante berges et la tête d’un prof de maths et ça, c’est beau.
Simon
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