Deathspell Omega - Fas-Ite, Maledicti In Ignem Aeternum (Norma Evangelium Diaboli)
Ceux qui se repaîssent de ténèbres à l’ombre du monumental “Si Monvmentvm Reqvires, Circvmspice” risquent fort d’être déroutés par la nouvelle offrande des français de Deathspell Omega: transcendant les limites du genre, “Fas-Ite, Maledicti In Ignem Aeternum” est une oeuvre avant-gardiste et dense qui ne se révélera totalement qu’après de longues écoutes, le privilège de l’initié en quelque sorte…
Leur oeuvre précédente (je ne parle pas de “Kênose”) est LE disque de Black Metal le plus important, à mes yeux, de ces cinq dernières années. “Si Monvmentvm Reqvires, Circvmspice” est une épopée homérique au service du mal, un disque religieux brûlant d’une flamme sacrée, épique, ardente et, quelque part, académique dans son execution. Une haine implacable, une aura glaciale et une mélancolie insoutenable: tous les ingrédients du BM à son plus haut niveau, un chef d’oeuvre total, absolu, dantesque et terrifiant de noirceur.
J’attendais donc avec impatience leur prochain opus. Tremblez mortels et préparez vous à la chute, Deathspell Omega est de retour.
Le disque s’ouvre et se ferme sur “Obombration”, ouverture et fermeture Ambient d’un nouveau cercle des enfers qui ne tarde pas à déverser son flot brûlant de ténèbres. Deathspell Omega s’est fait plus vindicatif avec cet album, plus technique aussi. Cette nouvelle orientation nous entraîne dans un abysse de blast-beats cassés (le jeu de batterie est réellement impressionnant), d’harmoniques dissonantes et de rythmes syncopés. En ce sens, Deathspell Omega a perdu de son aura sacrée et puise dans la sphère du profane ses nouvelles partitions sataniques: on peut par exemple évoquer Meshuggah à l’écoute de certains breaks de “Fas-Ite…”. Alternant accalmies Post Hardcore (puisqu’il faut mettre des mots sur la musique) aux tonalités Ambient et blast-beats télluriques, le groupe nous délivre quatre morceaux complexes à la limite du progressif, ultra travaillés et nettement moins accrocheurs que les titres de “Si Monvmentvm…”.
Il manque peut-être un “Carnal malefactor” à cet album.
Mais cette apparente déception ne doit pas cacher le vrai potentiel du disque car, même si je lui préfère son prédécésseur, Deathspell Omega fait preuve, une nouvelle fois, d’une terrible inventivité (un peu moins musicale certes) au service d’un véritable contenu, d’une prose philosophique nihiliste (déclamée avec classe par l’inimitable Mikko Aspa), d’un artwork de toute beauté, d’une oeuvre, au final, qui ne peut laisser indemme.
“Fas-Ite, Maledicti, In Agnem Aeternum” est un nouveau chapître marquant une évolution certaine pour le groupe, deuxième partie de son tryptique, c’est aussi la preuve qu’il savent très bien où ils mettent les pieds. Parions que la formation reviendra plus tard sous une nouvelle forme reconquérir son trône.
C’est avez cette pensée que je me plonge à nouveau dans les méandres de ce disque puant le souffre, pensée accompagnée de cette terrible question: est-ce bien Hasjarl que j’ai vu au fameux festival Drakkar à Marseille il y a huit de ça, cagoulé et explosant en Christ en argile sur la scène?
Si c’est bien le cas alors je suis heureux d’avoir une preuve supplémentaire qu’évoluer est loin d’être une honte.
9/10
Simon
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